Ramadan n'est pas uniquement un mois béni, c'est bien plus que cela, c'était un univers spirituel hors pair qui contrôle les sens et l'âme. Quiétude, paix, joie autant de sentiments qui vous envahissent. Passer le mois de Ramadan en Egypte, c'est une expérience bien différente qui ravive en l'être humain mille et une sensations. Et, le Caire reste évidemment un des lieux privilégiés en Egypte où Ramadan atteint toute sa splendeur et sa grandeur.
Qui dit le Caire, dit surtout et avant tout le Caire Fatimide. Là-bas, on respire les brises ramadanesques, même avant l'arrivée du mois béni. On dirait que quelque chose dans l'air et dans les bâtiments contribuent à créer cette ambiance très vivace. Il suffit de poser les pieds près de la mosquée d'Al-Azhar pour entamer une véritable tournée spirituelle. Juste en débarquant du taxi, vous êtes enchanté par la vue de l'immense mosquée. Erigée en 970, elle vous reçoit à bras ouvert malgré le temps qui s'est écoulé depuis sa fondation. Et, c'est vrai, une opération de rénovation majeure a permis à ladite mosquée de rajeunir et de se parer de lumières nocturnes.
A peine arrivée devant la mosquée, une étrange vague de spiritualité vous envahit et vous vous dirigez rapidement vers la porte de la mosquée. Et, on dirait que vous êtes parti pour une visite à la Mecque ou à la Médine. Une grande cour bien illuminée en marbre blanc vous accueille et réchauffe les cœurs des fidèles. Là-bas, dans ce calme qui rompt avec l'ambiance trépidante du Caire, des visages crispés se détendent et des voix adressées au Créateur racontent avec beaucoup de minutie leurs chagrins ou font des louanges. Jeu de lumière, prière, récitation coranique, vous aurez l'impression d'avoir fait un bond dans le passé et d'avoir visité le Caire lorsque cette mosquée était encore le lieu d'apprentissage des jeunes oulémas qui étaient venus de mille et un lieux afin de discuter de jurisprudence islamique.
Petit clin d'œil historique: cette mosquée a été érigéeen 970, elle est le siège de l'Université Al-Azhar, la deuxième université la plus ancienne au monde. Le général Jawhar Al-Siqilli a décidé la construction d'une grande mosquée dans l'actuel Caire islamique. Les travaux durent deux ans de 970 à 972; et on lui donne le nom d'Al-Azhar " la resplendissante" en hommage à Fatima Zahraa, la fille du prophète Mohamed. Financée par les Califes fatimides, elle devient la mosquée officielle pour la prière du vendredi et attire de nombreux croyants des contrées avoisinantes. C'est en 988 qu'elle devient une université où sont enseignées les sciences, l'histoire, la littérature, la grammaire arabe et la religion. Au XIIème siècle, la mosquée connaît plusieurs agrandissements. On lui compte aujourd'hui une trentaine de minarets dont la première date du XVème siècle.
Après cette halte religieuse, il faut traverser la rue, contourner une autre, pour arriver devant la majestueuse mosquée d'Al-Hussein. Devant l'immense mosquée, une grande foule regarde l'entrée. Une sensation de vénération s'empare des fidèles : sensation d'amour d'un des membres de la famille du prophète. Malgré la nuit, la mosquée d'Al-Hussein ne se vide jamais notamment au mois sacré. Des fidèles venus de tous lieux y recherchent refuge pour calmer leur soif de spiritualité et leurs plaies. Fondée en 1154 près de Khan Al-Khalili, elle est considérée comme l' un des lieux les plus sacro-saints en Egypte. Le sanctuaire est situé entre Khan Khalili – le vieux souk grouillant de gens, composé de dizaines de ruelles étroites où se concentrent les boutiques offrant divers articles de l’artisanat local, plateaux en bronze incrustés de belles gravures ou en bois décorés de coquillage et d’ivoire ; articles en or et en argent – et la fameuse mosquée Al Azhar, juxtaposée à l’université du même nom. En passant devant, les gens récitent « la Fatiha » demandant à Dieu paix et miséricorde.
Dans cette zone, de nombreux cafés se dressent devant la mosquée. Un mélange inexplicable entre spiritualité et joie de vivre. Café à la menthe, riz au lait, "fitir" (une pâte à l'égyptienne) sucré ou salé sont au rendez-vous. Nul ne peut se rendre du côté de la mosquée Al-Hussein sans véritablement chercher à chatouiller son estomac. C'est un délice à partager et à déguster avec beaucoup de joie.
A partir de là, vous aurez l'impression que le temps s'arrête et que vous avez embarqué à bord d'une machine de temps. Une machine qui vous emporte dans l'univers des lumières, des couleurs et des saveurs. Des bijoux multicolores, des lanternes ou fameux "fanous" du mois de Ramadan sous toutes les formes se dressent dans les petites ruelles fatimides. Un encens formé du parfum des épices et de la chica se mêlent et flairent votre narine. En remontant les rues, vous arrivez jusqu'à la rue Al-Moezz. La rue d'El Moezz Eddine Allah El Fatami est considérée comme le plus grand musée ouvert des monuments islamiques au monde, puisqu’elle comprend un grand nombre de mosquées archéologiques, des madrassas, des Sabils, des palais, deux wékalas, 3 petites mosquées… etc…
Une longue balade nocturne dans cette ambiance très particulière vous permettra de voir le Caire sous un ciel différent et coloré par lanternes, étoiles et arômes. N'hésitez à faire cette escapade ramadanesque !